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32 ans de Séville à l'Estádio do Maracanã

Michel Alençon

(collection Watson)

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Frontispice

http://www.francebleu.fr/infos/coupe-du-monde-l-allemagne-le-mauvais-souvenir-de-patrick-battiston-1644139

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Dédicace : à Diane, rencontrée à Suresnes en 2006 : sans le savoir, elle m'a permis sous tant de pseudos (Jacques Ovion aka Michel Alençon ne sont que les principaux) de publier de nombreux opus --- thirty two and still counting --- agrémentant ma retraite qui autrement aurait été oisive et bien terne.

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« Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d'émotions que la demi-finale de Séville. » (Michel Platini)

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Le 8 juillet 1982, au stade Sánchez Pizjuán de Séville (Espagne), devant 70 000 spectateurs, la demi-finale de la Coupe du monde de football de 1982 oppose la France à la RFA.

Dès le coup d'envoi, les Allemands mettent la pression sur des Français timorés, voire complexés. Aux montées puissantes de Paul Breitner, succèdent les séries de dribble de leur intenable ailier de poche Pierre Littbarski, tantôt à gauche, tantôt à droite. Auteur d'un coup-franc qui s'écrase sur la barre transversale de Jean-Luc Ettori (17e minute), Littbarski ouvre logiquement la marque quelques instants plus tard en reprenant de loin un ballon repoussé par Ettori qui était préalablement sorti dans les pieds de Klaus Fischer, lancé de loin par Breitner. 1-0 pour l'Allemagne.

Nullement troublés par l'ouverture du score allemande, les Français réagissent et commencent à hausser leur niveau de jeu. Jouant de plus en plus bas, les Allemands multiplient les fautes. Un coup franc tiré plein axe par Giresse trouve la tête de Platini, qui remise sur Rocheteau, lequel est grossièrement retenu par la taille par Bernhardt Forster dans les 16 mètres. L'arbitre, Monsieur Corver indique sans hésiter le point de penalty. Michel Platini embrasse le ballon, le pose sur le point de penalty et égalise d'une frappe puissante tirée à ras de terre comme à son habitude (27e). 1-1.

De plus en plus pressants, les Français font le siège de la surface de réparation allemande, sans parvenir à véritablement inquiéter le portier allemand Harald Toni Schumacher, lequel, très agressif, se distingue en multipliant les fautes sur les joueurs français.

De retour des vestiaires, les Français prennent les choses en mains marquant un but par Dominique Rocheteau, refusé pour une faute peu évidente sur Bernd Förster. Puis ils subissent une grosse déconvenue avec la sortie sur blessure de Bernard Genghini, touché à la cheville suite à un contact avec le libero allemand Stielike. Évoluant au milieu de terrain, Genghini est remplacé par Patrick Battiston, arrière latéral de nature, mais replacé pour la circonstance au milieu. Cette rentrée de Battiston n'est pas loin d'être décisive. Dès son entrée en jeu, il se distingue par une frappe lointaine. Puis, quelques minutes plus tard, parfaitement lancé par une ouverture lumineuse de Michel Platini, Battiston se présente seul face au gardien allemand Harald Schumacher, sorti à sa rencontre. Le tir lobé de Battiston manque de peu le cadre, mais Schumacher poursuit sa course, et vient percuter Battiston avec une rare violence. Gisant inconscient sur la pelouse, Battiston est évacué hors du terrain sur une civière accompagné par son ami Michel Platini. Pendant ce temps l'arbitre M. Corver se contente d'ordonner une remise en jeu en faveur de l'équipe allemande se rendant en partie responsable d'une des plus grandes injustices de l'histoire de la Coupe du Monde.

Les Français, révoltés, haussent encore d'un ton leur niveau de jeu, dominant outrageusement une équipe d'Allemagne, de plus en plus fébrile tandis que le public du stade Sanchez Pizjuan, qui hue Schumacher à chacune de ses interventions, prend fait et cause pour le football offensif des Bleus. La dernière minute du temps réglementaire est marquée par la violente frappe lointaine du latéral français Manuel Amoros qui s'écrase sur la barre transversale de Schumacher. Mais dans les arrêts de jeu, les Allemands se rappellent au bon souvenir de tous par un tir croisé qui oblige Ettori à réaliser une spectaculaire parade en deux temps.

La prolongation débute parfaitement pour la France. En position d'avant-centre, le stoppeur français Marius Trésor reprend de volée un coup franc excentré et donne l'avantage aux Bleus (93e). Toujours aussi offensifs, les Bleus continuent de déferler par vagues sur la défense allemande. À la 99e minute, Dominique Rocheteau remonte la balle sur l'aile droite, transmet à Platini qui renverse vers Didier Six sur la gauche. L'ailier gauche français temporise un peu et sert en retrait Alain Giresse qui décoche une frappe à la limite de la surface. La balle frappe le poteau avant de rentrer dans la cage allemande. L'image de la joie de Giresse courant ivre de bonheur tel un pantin désarticulé restera à jamais figée comme un grand moment du football français. À 3-1, les Bleus semblent s'ouvrir la route vers la première finale de leur histoire, mais seulement quatre minutes après le but de Giresse, alors que les Bleus continuent toujours de camper dans les 16 mètres allemands, une première faute de Forster sur Giresse non sifflée puis une deuxième sur Platini, permet aux joueurs allemands de contre-attaquer : l'attaquant allemand Rummenigge, tout juste rentré en jeu, réduit le score (103e) en reprenant d'un revers du pied gauche un centre devant le but. La rentrée en jeu de Rummenigge pose visiblement un véritable problème aux Bleus, incapables d'adapter leur organisation au renfort offensif des Allemands. Le match change soudain d'âme. Désormais, ce sont les offensives allemandes qui se multiplient tandis que les Français apparaissent débordés. Confirmation dès l'entame de la seconde période des prolongations lorsque Fischer, démarqué dans la surface de réparation française, arrache l'égalisation d'un superbe retourné acrobatique (108e). La fin de la prolongation tourne au calvaire pour les Bleus, mais le score ne change plus. Pour la première fois de l'histoire de la Coupe du monde de football, un match va se jouer aux tirs au but.

Giresse, qui tourne ostensiblement le dos à Schumacher avant de s'élancer, est le premier joueur à tirer… et à marquer. Le capitaine Manfred Kaltz lui répond. Amoros mâchonne son chewing gum, prend deux pas d'élan et avec un exceptionnel sang froid trouve la lucarne de Schumacher. C'est ensuite au tour du vétéran Breitner de ne pas trembler. Rocheteau inscrit le troisième tir français, avant que Stielike n'échoue face à Ettori. L'Allemand est alors effondré et se recroqueville sur lui-même. Le réalisateur de la télévision espagnole est encore fixé sur Stielike, en larmes dans les bras de Littbarski, lorsque Six échoue à son tour. Six s'écroule de la même façon que le fit Stielieke. En inscrivant son tir, Littbarski remet donc les deux équipes à égalité. Après Platini et Rummenigge, c'est au tour de Maxime Bossis de s'élancer. Sa frappe, repoussée par Schumacher, offre une balle de match à l'Allemagne, balle de match que Horst Hrubesch se charge de transformer en victoire, envoyant la Mannschaft en finale.

Sans avoir eu assez de temps pour récupérer, les Français s'inclinent 3-2 contre la Pologne pour la 3e place et, le lendemain, les Allemands sont dominés 3-1 par l'Italie.

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Jacques Ferran était déjà au Brésil en... 1950

La collection Watson comporte souvent des miscellanées, c'est-à-dire des __patchworks__ successifs tantôt de pure fiction et tantôt de réflexion sur la réalité ; ce sera également le cas tout au long de cette nouvelle livraison. Voici un texte inédit de Jacques Ferran qui ne concerne ni le football ni le bridge mais le tennis ; le célèbre juge-arbitre de Roland-Garros, Jacques Dorfmann, avait lancé le coupe Iemetti, pas vraiment un biathlon, mais une agréable décoction de bridge réservée aux clubs de tennis ; notons que les deux Jacques sont tous les deux première série majeure au jeu de bridge ; dans l'extrait ci-dessous, le promoteur du Soulier d'or au football n'y parle que de tennis en mettant dans une drôle de situation Monteil, un champion français ayant accepté un défi dans un coin reculé du sous-continent indien : Monteil a bien du mal à se concentrer dès le premier échange, intrigué à la fois par la foule et par son adversaire.

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On tire le service. C'est Monteil qui gagne. Sorte de plainte déchirante mêlée de fureur dans le public. Monteil regarde, écoute, avec ahurissement. Jamais il n'avait éprouvé cela. Il ramasse deux balles, en fait rebondir une, se dirige derrière la ligne. Il se force à ne penser à rien d'autre. Le silence est inhumain, déchirant. Il regarde jusqu'au ciel en lançant sa première balle. Il la frappe bien, mais sans mettre tout son poids. Il sent qu'elle est bonne. En face, son adversaire, farouchement concentré, est presque battu par cette balle, mais il parvient, désespérément, à la renvoyer. Sorte d'immense soupir de la foule.

Monteil est tenté de frapper n'importe comment cette première balle en voyant l'importance que les spectateurs lui attachent. Mais elle est bien pour son coup droit. Il la frappe posément, sereinement. Son adversaire est là, aussi. Il la reprend bien, également, sans appuyer trop, sans prendre de risque. Monteil, à son tour, renvoie, en revers. Même jeu de son adversaire, bien meilleur qu'il ne le pensait. Il continue de bien remettre la balle, comme un bon élève, avec infiniment d'application, de minutie. Il a eu dix fois envie d'en finir en frappant fort.

Monteil est irrité de cet acharnement stupide à vouloir absolument ce premier point. Et puis son goût du tennis bien fait l'emporte. Un champion se manifeste dans ses moindres attitudes. Et puisque son adversaire veut gagner cette balle, lui aussi ! Alors, il s'applique également mais en souriant. Ah ! tu veux cette balle, tu ne l'auras pas ! Puis, au long de l'échange, il ne sourit plus. Il sent qu'autour de lui, dans la foule immense, un drame se noue. Qu'attend-elle, passionnément, penchée sur ce point en litige ?

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Bafétimbi GOMIS (26 ans) a profité de la matinée supplémentaire passée par les Lyonnais en Corse, hier, pour recevoir des soins à l'hôtel de l'OL, à Porticcio. Le corps va mieux, la tête aussi, alors qu'elle était toute retournée, la veille.

Des cris de singes sporadiques avaient fusé des gradins du stade François-Coty à son encontre. Gomis assurait « avoir même reçu une banane ».

Mais, aux yeux de l'attaquant international (6 sélections, 2 buts), l'affaire et close et il a décidé de ne plus en parler.

(Source : page quatre du quotidien sportif de référence sous la signature de Bernard Lions ; cet entrefilet, daté du douze avril 2012, était titré Le Gazélec ne sera pas sanctionné)

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Dimanche premier juin 2008 : début du mois... c'est un bon moment pour démarrer ces notes prises avant et pendant l'Euro 2008. Hélas ! aujourd'hui, à Clairefontaine, le portable sonne trop souvent pour me permettre de bien le rédiger. Il sera par ailleurs difficile, demain matin, de se lever à cinq heures pour assister au démarrage, sur les 99.9 de la bande FM, de la toute nouvelle radio de sport où officie notamment Guy Roux (cet ancien d'entraîneur d'Auxerre m'a souvent fait sourire sur d'autres fréquences). Hier samedi, contre le Paraguay, j'ai joué pour la seconde fois en équipe de France. Je n'ai pas marqué comme à Grenoble mais le score est demeuré vierge de part et d'autre même si nous avons trouvé une fois le poteau.

Deux juin : c'est aujourd'hui qu'il a fallu finaliser le communiqué sur la prolongation de mon contrat. L'un de mes amis du Forez s'est précipité sur la wikipédia pour en indiquer la nouvelle échéance en 2012. Les piliers de cette encyclopédie __collaborative__ sont très nerveux : quelques jours plus tôt, un terminal localisé dans les bureaux d'Europe 1 avait annoncé la fausse mort de Pascal Sevran. Cette information pourtant vérifiable y a été rageusement supprimée et mon copain s'est fait traiter de "vandale".

L'invité surprise des Bleus, Bafétimbi Gomis, a prolongé d'un an le contrat qui le liait à Saint-Étienne jusqu'en 2011, ont annoncé les Verts. Double buteur contre l'Équateur pour son premier match international, Gomis est désormais lié à l'ASSE jusqu'au 30 juin 2012. Il avait déjà prolongé d'un an son contrat le 24 juillet 2007 après avoir fait état de son envie de quitter Saint-Étienne dans les semaines précédentes. « Je me déclare très heureux de rester à l'AS Saint-Étienne pour vivre l'Europe en coupe UEFA et ravi de prolonger avec mon club formateur. J'espère ainsi pouvoir accrocher une place en Ligue des Champions avec les Verts. Ma priorité a toujours été de rester à Saint-Étienne ».

Le soir, nous étions plusieurs Bleus à découvrir sur M6 la nouvelle émission quotidienne axée sur l'Euro. Comme je ne suis qu'un petit nouveau, j'ai vite mis la main sur la bouche lorsque j'ai eu très envie de pouffer de rire : ESTELLE DENIS venait de parler des épouses des joueurs qui avaient eu le droit de les rejoindre pour la soirée.

L'attaquant Bafé Gomis est un joueur de football franco-sénégalais, né le 6 août 1985 en France à La Seyne-sur-Mer ; formé à l'AS Saint-Etienne (ASSE), où il évolue depuis l'âge de 15 ans, il fait sa première apparition dans le championnat professionnel alors que l'ASSE est en Ligue 2 (2003-2004). Il est prêté la saison suivante à Troyes, resté en Ligue 2, et y marque six buts en treize matches. De retour à l'ASSE en 2006-2007, il commence à enchaîner des performances, marquant notamment deux buts contre le Toulouse FC. Gomis est alors d'autant plus vite médiatisé que, pour célébrer chacun de ses buts, il imite la panthère noire (symbole de l'ASSE), à l'image d'Alex, ex-joueur de l'ASSE, l'une des idoles de Bafé jeune.

mardi 3 : cela a donc fini par se calmer sur wikipédia et, depuis le communiqué, la sonnerie de mon portable me stresse moins. Ma famille et mes amis me soutiennent et, surtout, j'ai bien moins d'appels __professionnels__ même si je ne sais pas comment prendre le SMS reçu de VIKASH DHORASOO. Je vais à nouveau avoir le temps de surfer sur Internet. Le bihebdomadaire France Football y est devenu quotidien et six à huit pages sont promises gratuitement. Ils sont gentils de parler autant de moi... Peut-être vaudrait-il mieux qu'ils en disent moins. Je ne suis qu'un homme et je puis très bien me retrouver dans un jour "sans". Cependant, je me demande si c'était bien la peine que je me sois donné tant de mal en participant à la rédaction du communiqué : ils ne le citent même pas et ils se contentent de vaguement le paraphraser pour conclure que je me mets __en règle__ avec le souhait du sélectionneur de voir ses joueurs débarrassés de tout souci contractuel avant le début de l’Euro.

4 : que les matches s'enchaînent vite... trois en six jours... Grenoble, Toulouse et hier soir le mythique STADE DE FRANCE où j'ai pour la première fois chez les Bleus été sur la touche pendant tout un match. Non seulement les rencontres s'accélèrent, mais ma carrière aussi : il y a juste une semaine, les médias s'interrogeaient pour savoir si j'allais devenir ou non international sénégalais quelques heures avant qu'à Grenoble je marque ces fameux deux buts contre l'Équateur...

Beaucoup de cafouillage pour faire le trajet en avion entre Villacoublay et la Suisse où les bulletins météo étaient contradictoires. Allions-nous atterrir ou non à Genève ? Moi, cela m'amusait plutôt car cela me rappelait la dernière image du film de Belmondo : l'Homme de Rio (Viroflay et Villacoublay sont assez proches). D'ailleurs, les cadres de l'équipe de France trouvaient ces aléas très mineurs par rapport à leur galère avant de jouer les ÎLES FÉROÉ en poule éliminatoire. En fait, je repensais surtout au match des __coiffeurs__ de ce matin où j'ai même marqué un goal qui n'augmente cependant pas mon total officiel de deux buts en deux matches.

5 : même si je m'y attendais suite à son texto, j'ai été très ému, dans ma nouvelle chambre d'hôtel en Suisse, par le long coup de fil avec Dhorasoo. Étoile d’or France Football 2004, il me voit bien le devenir en 2009. Son film Substitute venait d'être diffusé pour la première fois à la télé, mais sur une chaîne du câble. Il savait déjà que j'avais entamé sur mon clavier la frappe d'un journal. Il m'a sérieusement mis en garde. Lui, il était en fin de carrière et pouvait se permettre de dépeindre les coulisses des Bleus. Moi, je dois être bien plus prudent. Sur son conseil, j'ai aussitôt gommé les petites vannes que j'avais glissées concernant mes partenaires. Elles demeurent plus savoureuses quand elles restent entre nous ! ! !

6/6 : cette fois, mes lectures sortent du cadre strict des médias sportifs pour parcourir la presse généraliste. je n'attendais pas grand chose d'original du Monde. Et pourtant...

Avant tout, le sélectionneur a retenu et fait jouer Bafétimbi Gomis pour qu'il ne puisse plus jouer en sélection sénégalaise à l'avenir ; c'est ce qu'il avait déjà tenté de faire avec le fameux __franco-argentin__ Gonzalo Higuain dans un passé proche, mais sans succès... Bravo Monsieur Domenech, vous avez gagné, d'autant que Bafétimbi Gomis est talentueux. Néanmoins, c'est Cissé qui en a fait les frais, mais Djibril est un seigneur qui a du fair-play, il reviendra. C'est donc d'abord un pari sur l'avenir.

(fin de citation d'Alain Cordier, sous le titre : Raymond Domenech, un stratège indiscutable)

L'on est donc loin de ce qu'écrivait le journal gratuit 20 minutes le 23 mai : Le sélectionneur du Sénégal, Lamine Ndiaye, voit dans la convocation de Bafétimbi Gomis une manœuvre de Raymond Domenech. Ndiaye craint que son homologue « n’ait convoqué Gomis que pour l’empêcher de rejoindre l’équipe du Sénégal », et d’ajouter: « Je connais bien Domenech et j’ai bien peur qu’il va le faire jouer cinq minutes avant de le remiser au garage ».

Enfin, pour revenir au grand quotidien du soir, l'on me décrit comme « Combinant qualités athlétiques, adresse dos au but, fraîcheur et un vrai sens du collectif ».

7 : alors que l'Euro démarre aujourd'hui par deux matches hors de notre poule de quatre, je n'ai curieusement rien à mettre dans ce carnet. L'absence de nouvelles n'est-elle pas une nouvelle en soit ? Il est en effet très anecdotique que le numéro 5 de France-Football, qui paraît donc gratuitement chaque jour pendant tout le mois, fasse très précisément sept pages. Très original pour un périodique ! ! ! Un tel __impair__ ne se remarque pas puisque qu'il n'est disponible que sur la Toile. Autre épiphénomène : je n'y suis mentionné nulle part... sachant quand même que cette indifférence concerne la moitié de l'effectif de l'équipe de France.

Dimanche huit juin : notre premier temps fort est fixé à dix heures du matin. Non ! il ne s'agit pas de la messe dominicale mais du départ de notre train, de Palézieux et non de Chexbres comme prévu, vers l'hôtel de Zurich pour le Roumanie-France de demain. De même que notre camp de base est un hôtel à nous seuls réservé, la Fédé a loué un train tellement exclusif que même une vieille habituée ;-))) n'a pas le droit d'y monter. D'ailleurs, après les cafouillages aériens autour de notre départ de Villacoublay, je me demande bien pourquoi l'on n'a pas tout simplement loué un TGV dès le départ ! ! ! D'autant que la ponctualité suisse est légendaire.

9 : au téléphone, DHORASOO est tout excité : c'est aujourd'hui que son film SUBSTITUTE, tourné au cours du Mondial allemand de 2006, sort en version anglaise dans plusieurs salles britanniques. Je lui avais __e-mailé__ mes remarques expurgées des vannes sur mes coéquipiers et il a trouvé que c'était beaucoup mieux. Il m'a encouragé à continuer et, surtout, à me livrer un peu plus personnellement. De sa part, cela ne m'étonne pas ; je ne me vois pourtant guère m'épancher comme il le faisait quand il était au PSG.

10 : je m'habitue à mon STATUT de remplaçant agrémenté de quelques minutes de jeu en fin de match.

11 : au moment de mon doublé équatorien, l'on avait aussi évoqué le triplé de JUST FONTAINE (menacé par Klöse) pour sa première apparition en équipe de France. Je n'ai pas suivi le match Espagne-Russie et son score fleuve de 4-1. J'ai tenu à en voir les buts : sur le quatrième but espagnol, j'ai eu l'impression que Villa, pourtant idéalement placé, s'est efforcé de l'offrir à ses partenaires. Il aurait sinon marqué son quatrième but dans le même match ! ! !

12 : une grêve empêche tous les quotidiens nationaux français d'être diffusés aujourd'hui et personne parmi mon entourage n'a pu non plus se procurer le BUT! ST-ÉTIENNE qui sort normalement chaque jeudi. Pendant mon bref passage à Clairefontaine, j'avais découvert que ce que je croyais n'être qu'un tabloïd purement local était présent dans nombre de kiosques à travers l'hexagone.

But! n'a pas eu de mal à moucher les commentateurs, même parmi les plus renommés, qui avaient cru bon se livrer à un rappel historique approximatif. Ils prétendaient, depuis les épopées mythiques (je n'étais pas né) des __Verts__ contre les clubs européens dont le tout aussi mythique Bayern, que l'on n'avait plus vu le moindre footballeur de l'ASSE sous le maillot de l'équipe de France. Il n'en est rien car Laurent Blanc se produisait encore dans le __Chaudron__ de Geoffroy-Guichard tout en étant international : le 26 avril 1995, l'actuel entraîneur de Bordeaux avait participé au réveil offensif de l'équipe d'Aimé Jacquet contre la Slovaquie à Nantes (4-0).

Il semble qu'il ait une confusion avec le fait que nous nous soyions qualifiés en coupe UEFA pour la saison 2008-2009, vingt-six ans effectivement après nos dernières apparitions européennes du temps de Platini. En revanche, tout le monde est d'accord pour dire que Zidane avait inscrit deux buts lors de sa première sélection, en août 1994, face à la République tchèque (2-2).

13 : DANS les meilleurs HOSPICES... Non ! ce n'est pas là que la direction de M6 a trouvé Thierry Roland pour commenter quelques matches de l'Euro. En tout cas, son lapsus m'a bien fait rigoler même si le câblage de l'hôtel ne m'a pas permis de l'entendre en direct : je l'ai dégusté bien après en cliquant sur l'extrait via mon blog de foot préféré. Nul doute qu'il fasse partie des bêtisiers et autres __zappings__ à la fin de l'Euro. Naturellement, Thierry voulait dire qu'il pensait que l'équipe d'Allemagne se présentait... SOUS les meilleurs AUSPICES pour débuter son match contre la Pologne.

14 : Il y a juste une semaine, le 7 juin 2008, je comptais combien de fois Google Actualités donnait de dépêches une fois saisi Bafetimbi dans le cadre de recherche. Deux seulement. J'ai donc renouvelé l'expérience et il y a en un peu plus mais bien loin des quelques centaines de dépêches journalières quand j'ai intégré les 23. Normal si l'on considère à la fois que mes problèmes de contrat ont bien progressé, et, surtout, que je n'étais pas au début de l'Euro considéré comme titulaire en équipe de France. Je m'attarde aujourd'hui sur l'adage qui prétend que chacun à droit au moins une fois dans sa vie à un quart d'heure de gloire.

Naturellement, je puis espérer en avoir d'autres mais, au moins, me voilà vacciné ; bizarre cette rapidité avec laquelle l'on passe des feux de la rampe à un relatif anonymat. Dans le cas de Zinédine Zidane, il a connu plusieurs de ces quarts d'heure ; aucun n'a dépassé ses deux têtes en quelques minutes contre le Brésil en 1998. Moi aussi, je peux espérer avoir un quart d'heure meilleur que le précédent ; je parle naturellement des deux buts successifs pour ma première titularisation chez les Bleus.

Dimanche quinze juin : pour ne pas perdre leur influx nerveux, la plupart des Bleus ont peu ou prou suivi les matches des autres groupes qualificatifs. Je mène depuis ma toute première sélection une existence sympathique bien au coeur du groupe. Comme tout le monde, j'ai aussi des moments où je m'isole... mais jamais très longtemps.

Dans notre résidence "sur la colline", notre MAISON BLEUE comme l'ont baptisée les journalistes, il y a bien sûr le personnel de l'hôtel et la petite cinquantaine, en comptant le staff, de personnes de l'équipe de France... mais il n'y a pas que nous. En effet (cf. mon allusion en date du huit juin), une résidente, au comportement discret, a obtenu de pouvoir rester alors que nous avions exigé d'être vraiment entre nous. Je suis tombé sur elle aujourd'hui. Elle avait vraiment besoin de parler. Et moi aussi justement mais je ne me rendais pas compte à quel point. Comme me l'avait conseillé Vikash, il ne faut pas que ce que nous nous sommes dits soit couché par écrit. Je signale donc simplement que l'essentiel en restera gravé dans ma mémoire de jeune joueur.

16 : comme l'équipe ne paraît pas aujourd'hui, je reporte à demain ma revue de presse.

17 : après avoir souffert hier de la grève, le quotidien sportif sort aujourd'hui en deux exemplaires... pour le prix d'un ; leurs journalistes ne me voient pas dans les onze ce soir pour FRANCE-ITALIE ; par ailleurs, l'édition-papier du France Football de ce mardi me montre au premier plan sur la photo de sa page trois, celle de son éditorial ; sinon, Internet me permet de capter parfois les radios françaises ; j'ai ainsi écouté, à l'heure du déjeuner, le Président de la FFF ; il était à la fois rassurant et positif ; notamment lorsqu'a été évoquée la statistique sur le numéro un ELO qui n'a jamais été battu la semaine suivant son accession ; et, justement, depuis le faux pas du Brésil face au Venezuela, les Pays-Bas viennent d'accéder à la première place de ce classement mondial ELO.

18 : le coach est sur la sellette en ce lendemain amer ; cela ne l'empêche pas de se justifier en se projetant sur le Mondial 2010 en Afrique, le continent de mes origines : du coup, j'espère que les journalistes me laisseront le temps de faire mes preuves au plus haut niveau. THURAM et MAKELELE avaient cette nuit annoncé leur retraite ; depuis le banc des remplaçants, je conserve l'image de Claude repoussant le ballon sur la ligne alors que Grégory était battu ; j'y avais vu un heureux présage ; il est vrai que ce geste défensif est survenu avant que l'équipe ait été réduite à dix.

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Selon les tirages communiqués par Scripta, mon éditeur, le présent livre aura ou non une suite qui pourrait éventuellement actualiser la carrière de Gomis, voire donner la suite et la fin de la fiction de Jacques Ferran, mais qui, surtout, reviendrait sur le France-Allemagne de 2014. Je termine ma rédaction moins de vingt-quatre heures avant que les joueurs ne sortent du vestiaire du Maracana. L'une des nombreuses chaînes françaises couvrant l'avant-match vient de nous montrer un reportage pittoresque pris à l'intérieur d'une start-up à l'effectif franco-berlinois de faible moyenne d'âge. Cela m'a remis en mémoire d'autres caméras de télévision se focalisant sur Richard Virenque, seul français dans l'équipe Polti en 2000, et qui se faisait charrier en plein Tour de France par ses coéquipiers transalpins... jusqu'à ce qu'en finale européenne la France égalise dans le temps additionnel puis gagne (ah le débordement de Robert Pirès...) en prolongation ;-)))

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Le système ELO, qui classe depuis très longtemps les joueurs d'échecs du monde entier, ne s'est appliqué que récemment au football. Cependant, les ordinateurs, à partir de bases de données constituées de longue date, ont été capables de remonter le temps pour déterminer quelle aurait été la hiérarchie à telle ou telle époque.

8 juillet 1998 France 2 (ah la double réaction de Thuram...) Croatie 1 2007

12 juillet 1998 France 3 Brésil (2017) 0 2053

19 août 1998 Autriche 2 France 2 2046

5 septembre 1998 Islande 1 France 1 2028

10 octobre 1998 Russie 2 France 3 2040

14 octobre 1998 France 2 Andorre (1054 !) 0 2040

20 janvier 1999 France 1 Maroc 0 2042

10 février 1999 Angleterre (1897) 0 France 2 2056

27 mars 1999 France 0 Ukraine 0 2039

31 mars 1999 France 2 Arménie 0 2040

5 juin 1999 France 2 Russie 2 2004

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Même si l'inconscient collectif se souviendra surtout du « et un... et deux... et trois-zéro » contre le Brésil au Stade de France en 1998, la période la plus longue pendant laquelle la France est numéro un s'étend sur près de deux ans, chevauchant le passage au nouveau millénaire. 2001 est la seule année où le soi-disant __classement FIFA/Coca-Cola__ annuel aura placé l'équipe masculine française en première position ; elle correspond à la première des deux victoires des Bleus dans la Coupe de la Confédération organisée par la FIFA.

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28 juin 2000 France 2 Portugal (1949) 1 2078

2 juillet 2000 France 2 Italie (1977) 1 2097

2 septembre 2000 France 1 Angleterre 1 2089

4 octobre 2000 France 1 Cameroun 1 2080

7 octobre 2000 Afrique du Sud 0 France 0 2069

15 novembre 2000 Turquie 0 France 4 2076

27 février 2001 France 1 Allemagne (1844) 0 2079

24 mars 2001 France 5 Japon 0 2083

28 Mars 2001 Espagne (1919) 2 France 1 2071

25 avril 2001 France 4 Portugal (1967) O 2080

30 mai 2001 Corée du Sud 0 France 5 2104

1 juin 2001 Australie 1 France 0 2062

3 juin 2001 France 4 Mexique 0 2073

7 juin 2001 France 2 Brésil (1929)1 2089

10 juin 2001 Japon 0 France 1 2104

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La plupart des opus sortis chez Scripta comprennent quelques pages en anglais. J'ai vainement recherché une nouvelle de taille convenable à la fois proche de Sherlock Holmes et du jeu de football. Afin que demeure quelque peu une ambiance de l'époque victorienne, j'ai donc décidé d'inclure ce texte qui aura au moins le mérite d'être assez court pour ne pas poser de problèmes de copyright.

I had occasion to ride through the Indian village. All the cow ponies were busy — the only mount available was an old, old mare who resented each step she took, and if you stopped one instant, she went fast asleep.

Indian boys were playing FOOTBALL in the street of their village. I drew up to ask direction. The ball bounced exactly under my horse's stomach. The animal had already gone to sleep and did not notice. Out of a cabin shot a whirl of a little man, riddled with anger. It was Doctor Cabbage.

He confiscated the ball and scolded the boys so furiously that the whole team melted away ; you would think there was not a boy left in the world.

Laying his hand on my sleeping steed, Doctor Cabbage smiled up at me.

- You brave good rider, he said, Skookum tumtum (good heart) !

I thanked Doctor Cabbage for the compliment and for his gallant rescue.

I woke my horse with great difficulty, and decided that honour for conspicuous bravery was sometimes very easily won.

(extrait de "Juice", par Emily Carr, auteur canadien également connue pour cet aphorisme : « You come into the world alone and you go out of the world alone ; yet it seems to me you are more alone while living than even going and coming. » )

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15 août 2001 France 1 Danemark 0 2106

1 septembre 2001 Chili 2 France 1 2088

6 octobre 2001 France 4 Algérie 1 2089

11 novembre 2001 Australie 1 France 1 2085

13 février 2002 France 2 Roumanie 1 2087

27 mars 2002 France 5 Écosse 0 2089

17 avril 2002 France 0 Russie 0 2081

18 mai 2002 France 1 Belgique 2 2063

26 mai 2002 Corée du Sud 2 France 3 2067

31 mai 2002 Sénégal 1 France 0 2014

6 juin 2002 Uruguay 0 France 0 1995

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6 septembre 2003 France 5 Chypre 0 1991

10 septembre 2003 Slovénie 0 France 2 2003

11 octobre 2003 France 3 Israël 0 2007

15 novembre 2003 Allemagne (1852) 0 France 3 2023

18 février 2004 Belgique 0 France 2 2032

31 mars 2004 Pays-Bas (1958) 0 France 0 2033

(notez que les Pays-Bas ne gagnent pas de points ELO ; ils sont pourtant classés en-dessous de nous ; dans un tel cas, le fait de jouer à domicile est considéré comme primordial par ce mode de calcul ELO différent du mode calcul de la FIFA dont abuseront par la suite certains entraîneurs européens en se permettant de disputer quatre matches consécutifs sur leur seul territoire)

20 mai 2004 France 0 Brésil (1967) 0 2028

6 juin 2004 France 1 Ukraine 0 2029

13 juin 2004 France 2 Angleterre (1891) 1 2046

17 juin 2004 Croatie 2 France 2 2031

21 juin 2004 France 3 Suisse 1 2039

25 juin 2004 Grèce (1820) 1 France 0 1998

18 août 2004 France 1 Bosnie 1 1989

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09 juillet 2006 Italie (2050) 1 France 1 2040

16 août 2006 Bosnie 1 France 2 2043

2 septembre 2006 Géorgie 0 France 3 2048

6 septembre 2006 France 3 Italie 1 2066

7 octobre 2006 Écosse 1 France 0 2033

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Note de Michel Alençon : le point d'orgue de cette série de bons résultats ne saute pas aux yeux sur cette liste ; il s'agit de notre victoire sur le Brésil en quart de finale du Mondial 2006 ; pour ce qui est de la suite et de la fin de ces classements, je dispose de sources pas vraiment contradictoires mais plutôt incomplètes ; dans un prochain tome, j'espère bien lever l'incertitude sur l'ultime date en 2007 où la France était vraiment la nation numéro un au classement ELO : depuis trois semaines le site principal est inaccessible par déni de service, sans doute à cause du trop grand nombre de passionnés cherchant à s'y connecter au cours du Mondial 2014 ; ultime précision concernant ce classement mondial : pour chaque série de matches successifs, j'ai ajouté au début et à la fin de chaque période un match supplémentaire où la France, n'était pas (ou n'était plus) numéro un mondial.

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- Le clonage humain ? Ce que je pense du clonage humain ? Pourquoi ne pas me demander comment résoudre la crise au Moyen-Orient pendant qu'ils y sont ?

Holmes saisit brusquement un magazine dans le porte-revue, puis il le feuilleta avec l'énergie d'un enfant hyperactif.

- Le prince Charles s'exprime sur la construction de tours. Charlton Heston donne son point son point de vue sur la législation concernant la vente d'armes. Le fils du Premier ministre n'aime bien qu'un certain type de musique. David Beckham préfère tel film à tel autre. Ce type est footballeur. Sur quoi se base-t-il pour son jugement ? Sur le jeu de jambe des acteurs ?

(Sherlock Holmes dans tous ses états, pages 294 à 297, Ed. Rivages/Noir, 2007)

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Dans la même semaine, l'affaire qui va suivre connaîtra son dénouement. Naturellement, je m'étais bien gardé de souffler le moindre mot à Holmes à propos des frasques dans la baignoire. J'ai déjà commencé à en rédiger le Prélude sur l'ordinateur dont je dispose surtout quand il est absent. Voilà donc comment cette nouvelle affaire avait débuté alors que nous étions comme toujours dans son bureau.

- Watson, finalement, ce n'est pas seulement que de pouvoir surfer rapidement le plus gros avantage d'Internet, c'est que nous ne sommes plus forcés, vous et moi, de recevoir à chaque fois les clients au 221 bis, Baker Street. Regardez, c'est grâce à l'e-mail que j'ai encore reçu cette nouvelle demande d'enquête.

- Oui, maugrée-je, mais moi cela me gêne de ne plus pouvoir détailler les portraits de tous ceux qui défilent ici.

- Allons, Watson, depuis quand n'avez-vous pas brossé mon portrait, ni le vôtre d'ailleurs.

- Cela fait bien longtemps que nos silhouettes sont connues de tous... Il dit quoi cet e-mail ?

- il s'agit d'une plainte formulée par un important industriel du Sud de la France dont le siège social est dans le seizième arrondissement à Paris : une fois par an sa voiture en stationnement est mise en pièces.

- Vous n'allez quand même pas vous mettre aux chiens écrasés ; il doit bien y avoir des problèmes plus dignes de vous en ce moment dans la capitale britannique.

- On voit que vous connaissez mal les Latins, Watson. Ils ont un sens de l'honneur exacerbé et mon client a par ailleurs des arguments financiers pour me persuader d'accepter ce problème.

- Sans moi alors !

- Je ne me suis jamais fait à l'avion mais, avec ces chemins de fer modernes, Londres est vraiment tout proche de Paris : je me donne moins de quarante-huit heures pour résoudre ce problème ; rendez-vous après-demain à la même heure.

Après-demain avait-il dit ; c'était donc aujourd'hui.

Madame Hudson eut quelque réticence à m'introduire dans la bureau de Sherlock Holmes en son absence. Comme mon vieil ami n'avait pas laissé de message, je ne m'inquiétai pas et, effectivement, il arriva peu après, apparemment de très bonne humeur et fredonnant même en français la chanson d'Aznavour :

- J'aime Paris au mois de mai... Avec ses bouquinistes... Et ses aquarellistes...

- Alors Holmes, était-ce si important que cela cette enquête ?

- Pour mon client oui ; il était par ailleurs vexé, non seulement que la police française ait classé cette affaire sans avoir vraiment enquêté, mais encore que ces mêmes policiers aient l'air de se moquer de lui à chaque fois. La dernière fois même, ils s'étaient permis dé parler à voix basse entre eux en le désignant et en haussant les épaules. C'est donc aussi pour cela qu'il avait fait appel à mes services.

Holmes allait-il me donner la solution ? Non, il sortit sa pipe en bruyère comme s'il voulait méditer.

- Voyez-vous, Watson, j'ai résolu plein de mystères, mais il me faudra sans doute toute ma vie pour résoudre le plus important : comment se fait-il que, face à n'importe quelle situation, votre raisonnement zappe et diverge alors que le mien est parfait.

Était-ce l'épisode de la baignoire que m'avait rendu jaloux, mais cette fois je bouillais intérieurement. Cependant, pour ne pas faire de la peine à mon vieil ami qui avait l'air d'excellente humeur, je m'abstins de lui rappeler ses échecs les plus cuisants ; je le laissais donc poursuivre.

- Dites-moi quelle piste auriez-vous suivie, Watson ?

- Je connais le centre de Paris où j'ai même découvert récemment __Paris Plage__ mais le seizième arrondissement, c'est où ?

- C'est là, dit-il, me montrant un minuscule plan de métro.

- Cela ne m'avance guère. Ah ! cette tache verte, ce n'est pas le Bois de Boulogne ?

- Certes, auriez-vous une piste ?

- Cet industriel du Sud ne serait-il pas tout simplement un Marseillais ?

- Ah ah, Watson, depuis toutes ces années, je me disais bien que mon influence finirait par porter ses fruits ; vous pensez à quoi ?

Tel un coq, je me rengorgeais tout à coup.

- Si sa voiture était garée près du Bois du Boulogne, j'en aurais déduit que cela doit avoir un rapport quelconque avec la faune qui y règne ; il me semble bien que le milieu marseillais la contrôle.

- Autrefois sans doute, mais depuis il s'agit d'une mafia nettement plus orientale que les Russes également hors course ; d'ailleurs, avec votre hypothèse, comment auriez-vous expliqué qu'il soit vandalisé seulement une fois par an.

- Je ne vois pas.

- Moi non plus, je ne voyais pas ; seulement j'ai agi ; j'ai enquêté auprès de la personne responsable des sinistres à sa compagnie d'assurance ; je me suis alors rendu avec ma carte optique dans un cybercafé et j'en ai soumis les trois dates les plus récentes à mon nouveau moteur de recherche basé sur la corrélation psycho-historique.

- Je suppose qu'ils le vendent deux fois plus cher avec un nom pareil !!!

- Riez, riez, mais pauvre citoyen britannique que je suis il me fallait cela ; en fait, je gage que les lecteurs des traductions en français de nos aventures auront trouvé depuis longtemps.

- Qu'on en finisse ! Venons-en à cette solution... et ne rallumez pas cette pipe, cela m'énerve.

- Hélas ! Vous ne serez jamais persévérant dans vos efforts de déductions ; vous savez que je vous aime bien.

- Vous devriez être content d'avoir un biographe aussi patient ; alors cette solution ?

- Chacun des trois soirs où cette voiture a été saccagée, c'était justement le jour du match annuel de football de Ligue 1 où l'équipe locale reçoit Marseille ; c'est alors une sorte de tradition pour les hooligans de tirer sur tout ce qui bouge ou les agace... a fortiori s'il s'agit si près du Parc des Princes d'une voiture immatriculée dans les Bouches-du-Rhône.

.../...

Ce n'est que bien plus tard dans la soirée que j'ai pu retourner sur __notre__ ordinateur. En effet, Sherlock Holmes l'avait monopolisé sous le prétexte de je ne sais quelle mise à jour de son machin "psycho-historique". Je ne pouvais deviner qu'il allait espionner tout mon travail pendant ses deux jours d'absence. Qu'a-t-il bien pu y trouver ? La semaine dernière, j'avais préféré effacer du disque dur et ne garder qu'une version manuscrite de ce texte qui risquerait trop de lui déplaire :

Oyez la triste fin de ce brillantissime Que ses fans ont nommé Napoléon du crime Reichenbach Reichenbach maudite et triste chute Où tomba le héros d'une coriace lutte

Croyant en Helvétie avoir des jours cléments Moriarty fut rejoint par l'âpre poursuivant Mais c'est surtout Conan qui voulait qu'il y reste Son Destin se nouait près des chutes funestes

Quand coincé par Sherlock il proposa affable À son vieil adversaire un marché équitable Holmes à la fin n'obtint qu'un gain à la Pyrrhus Sa gloire est plus au top que si vivant il l'eusse

Notre logeuse nous avait apporté comme d'habitude nos tisanes et Sherlock s'est remis à chantonner l'air d'Aznavour. Malgré le __réchauffement climatique__ du XXI° siècle, la soirée était un peu fraîche pour un mois de mai. Nous avions cependant laissé la fenêtre entrouverte pour profiter des parfums printaniers venus de Regent's Park assez proche. Je m'en veux quelque peu d'avoir assombri cette ambiance printanière en lui glissant avec quelque perfidie :

- Pour nous autres Britanniques, cette énigme footballistique n'était sans doute pas facile à résoudre. Cependant, après quelques rapides recherches, je me suis aperçu que cette rivalité Paris-Marseille en football est archi-connue de l'autre côté du "Channel". Je me demande si le fait d'y publier cette histoire ajoutera grand'chose à votre renommée ?

.../...

En guise de conclusion, signalons que 95% du texte qui précède avait été rassemblé à chaud pendant l'Euro 2008 ; il a juste été élagué de ses passages obsolètes en vue de la présente réédition le 3 juillet 2014, en fait juste avant le France-Allemagne au Maracana ; depuis 2008, de nombreux autres livres sous les mêmes signatures sont sortis chez Scripta ; ils sont orientés sur trois autres axes :

- contes... surtout pour les enfants ;

- nouvelles policières variées en insistant sur Arsène Lupin récemment dans le domaine public et surtout en multipliant mes pastiches holmésiens ;

- poker et jeux de la CLE (Confédération des Loisirs et des sports de l'Esprit) avec une prédominance pour le jeu de bridge et Othello mais aussi un livre complet sur les Échecs et un autre sur le jeu de go.

Pour ce qui est du foot proprement dit, je me dois de préciser, dans cette conclusion, pourquoi ai-je également reproduit mon étude sur le classement ELO : les médias continuaient à s'acharner sur Domenech alors même qu'il était le 10 juillet 2007 --- un an après la retraite de Zidane et pour la troisième et ultime fois --- premier à ce classement ; par manque d'homogénéité, plus jamais les Bleus ne culmineront aussi haut ; mes cop'collés match par match sont une sorte de testament nostalgique ; pour être complet, sachez que nous étions déjà meilleurs européens à cet ELO du temps de Raymond Kopa et, plus longuement, du temps de Michel Platini mais jamais aussi souvent ni aussi longtemps (1115 jours cumulés) que notre position mondiale de la __belle époque__ de Lemerre à Domenech.

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